بِسْمِ اللَّهِ الرَّحْمَنِ الرَّحِيمِ
Un jour historique pour Kong et pour la Côte d'Ivoire
Le 27 juillet 2021, lors de la 44e session élargie du Comité du patrimoine mondial, tenue en ligne depuis Fuzhou en Chine, huit mosquées de style soudanais du nord de la Côte d'Ivoire ont été officiellement inscrites sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. Parmi elles, la Grande Mosquée de Kong — Missiriba — occupe une place de premier rang, symbole vivant de sept siècles de civilisation islamique en Afrique de l'Ouest.
Cette inscription n'est pas seulement une reconnaissance architecturale. C'est la confirmation internationale de ce que les habitants de Kong savent depuis des générations : leur ville est un trésor de l'humanité, un foyer de savoir et de foi dont le rayonnement dépasse les frontières de la Côte d'Ivoire.
Les huit mosquées inscrites
La moitié nord de la Côte d'Ivoire comptait au début du XXe siècle près de 300 mosquées de style soudanais. Parmi la vingtaine qui demeure aujourd'hui, huit ont répondu aux critères de l'UNESCO en raison de leur état de conservation et de leurs valeurs architecturale, historique, culturelle et religieuse. Ce sont les mosquées de Kong, Nambira, Kouto, Kaouara, Tengréla, Samatiguila et Sorobango.
La Grande Mosquée de Kong est la plus emblématique de cet ensemble. Elle est la gardienne d'une tradition islamique dont l'origine remonte à l'empire du Mali et à la ville de Djenné, berceau de ce style architectural unique.
Une architecture née de la terre et du bois
Ces mosquées sont caractérisées par une construction en terre, des charpentes en saillie, des contreforts verticaux couronnés de poteries ou d'œufs d'autruche, et par des minarets élevés à la forme d'une pyramide tronquée. Elles présentent une interprétation d'un style architectural dont l'origine se situerait entre les XIIe et XIVe siècles dans la ville de Djenné, qui faisait alors partie de l'empire du Mali.
L'édifice est réalisé à partir de briques de terre crue consolidées avec des torons, offrant une unicité architecturale compacte adaptée au climat relativement pluvieux de la région. Les torons — ces poutres de bois qui saillent des murs — ne sont pas de simples éléments décoratifs : ils servent d'échafaudage intégré pour les travaux d'entretien réguliers que la communauté accomplit collectivement, perpétuant un savoir-faire ancestral transmis de génération en génération.
Édifiée dans la même veine que les fameuses mosquées de Djenné et Tombouctou au Mali, son architecture est plus simple, mais ses dimensions demeurent imposantes.
Une histoire marquée par la destruction et la renaissance
L'histoire de la Grande Mosquée de Kong est aussi celle de la résilience d'une communauté. En 1741, il a été noté que la ville de Kong possédait déjà plusieurs mosquées dont la Grande Mosquée (Missiriba), qui fut détruite par Samory Touré vers 1897 et rebâtie à l'aube du XXe siècle.
Son architecture, restée longtemps intacte du fait d'un entretien régulier, a toutefois subi en 1978 une restauration inadaptée qui a quelque peu déstructuré l'édifice. Malgré cela, la mosquée a conservé l'essentiel de son intégrité et de sa valeur historique. Un décret du 20 avril 1988 avait déjà classé la mosquée comme monument historique, préfigurant la reconnaissance internationale qui allait suivre.
La remise des certificats : une cérémonie à Kong en novembre 2024
Après leur inscription le 21 juillet 2021 sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO, les huit mosquées emblématiques ont reçu le samedi 9 novembre 2024, à l'occasion d'une cérémonie officielle dans la cour de la Grande Mosquée de Kong, leurs certificats d'inscription.
Ce moment fut bien plus qu'une remise de diplôme. Dans la cour même de la Grande Mosquée, entourés des autorités religieuses, des chefs traditionnels et des habitants de Kong venus en nombre, les représentants de l'État ivoirien et de l'UNESCO ont officiellement remis à la communauté le document attestant que leur mosquée appartient désormais au patrimoine commun de l'humanité.
Ce grand moment fut l'occasion pour la ministre de la Culture et de la Francophonie, Françoise Remarck, de faire de la sensibilisation sur le rôle et l'importance de ces mosquées d'un point de vue historique, architectural et spirituel au sein des communautés où elles sont implantées.
Ce que cette inscription signifie pour Kong
Pour la communauté islamique de Kong, cette reconnaissance de l'UNESCO n'est pas une surprise — c'est une confirmation. Kong a toujours su qu'elle portait quelque chose d'unique : une tradition de savoir, une architecture de terre et de foi, un lien vivant avec les grandes civilisations islamiques de l'Afrique médiévale.
L'inscription au patrimoine mondial impose désormais des responsabilités nouvelles : protéger, conserver, transmettre. L'État de Côte d'Ivoire a opté pour un système de gestion en concertation avec toutes les parties prenantes, en s'appuyant sur la collaboration étroite entre les institutions étatiques et les populations pour une cogestion du bien.
Mais au-delà des institutions, c'est la communauté de Kong elle-même — les familles religieuses, les gardiens de la mosquée, les jeunes qui grandissent à son ombre — qui en est la première protectrice. Car une mosquée vivante, fréquentée, priée, entretenue par ses fidèles, est le meilleur patrimoine qui soit.
Kong, patrimoine de l'humanité
La Grande Mosquée de Kong est le plus vieux symbole de l'islamisation des peuples du nord de la Côte d'Ivoire. Son inscription au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2021 est une invitation lancée au monde entier : venez découvrir Kong, venez comprendre ce que l'islam a construit en Afrique de l'Ouest, venez voir de vos yeux cette architecture de terre qui défie les siècles.
Pour les enfants de Kong et pour tous les musulmans de Côte d'Ivoire, c'est aussi un appel à la fierté et à la responsabilité. Ce que nos ancêtres ont bâti avec leurs mains et leur foi, il nous appartient de le préserver et de le faire rayonner pour les générations à venir.
الحمد لله رب العالمين
Commentaires 1
Une bonne valorisation de la grande Mosquée de Kong