Mamadou Laby Sanogo de Bouaké demeure l'une des grandes figures de la tradition islamique en Côte d'Ivoire. Érudit profondément attaché à la science islamique, il maîtrisait la littérature arabe, la jurisprudence, l'histoire et les sciences du Noble Coran. Il appartenait à cette génération rare de savants pour qui la connaissance n'est pas seulement un moyen d'enseigner, mais une responsabilité devant Allah. Issu de la prestigieuse famille Sanogo, dont la tradition islamique et le patrimoine historique se transmettent de génération en génération depuis des siècles, il incarnait la grandeur des anciennes assises de science — les Madjliss — à une époque où les formes d'enseignement islamique connaissaient de profondes transformations.
Homme de caractère autant que d'érudition, Cheick Mamadou Laby Sanogo était connu pour son franc-parler et son indépendance d'esprit. Il n'hésitait pas à rappeler la vérité aux détenteurs du pouvoir lorsque sa conscience le lui imposait. En 1974, plutôt que de se soumettre à des exigences contraires à ses convictions, il choisit l'exil volontaire à Bobo-Dioulasso au Burkina Faso — illustrant que pour lui, la dignité et la fidélité à sa foi valaient plus que tout honneur ou avantage matériel. Il ne revint à Bouaké qu'en 1981, poursuivant inlassablement sa mission de transmission du savoir islamique.
Son lien avec Kong est attesté par les Assises de Kong de 1975, auxquelles il participa aux côtés de Cheick Marhaba Sanogo, autre grande figure de la tradition islamique régionale. Ces assises consacrées à l'histoire de la région et au patrimoine des familles musulmanes témoignaient de l'importance du rôle intellectuel des Sanogo dans l'espace Kong-Bouaké. À son retour de l'exil, il renoua avec ses célébrès séances de Tafsir du Noble Coran — non comme simple explication linguistique des versets, mais comme véritable école de formation spirituelle, intellectuelle et morale, où il transmettait la jurisprudence, la tradition prophétique, l'histoire des musulmans et le respect des anciens.
Son héritage ne se mesure pas au nombre de livres écrits ou de discours prononcés, mais aux hommes qu'il a formés, aux consciences qu'il a éveillées et aux traditions qu'il a préservées. Homme de science, homme de tradition, homme de courage et homme de vérité — Cheick Imam Mamadou Laby Sanogo s'inscrit dans la longue et prestigieuse lignée des grands savants musulmans de l'Afrique de l'Ouest dont Kong fut et demeure l'un des foyers les plus importants.